Wayne VANHUFFEL


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Sport-Chess:

Dans ma dernière année de master, j’ai conçu une série de trois jeux de société. Ces jeux avaient pour but de clore ma démarche artistique en tant qu’étudiant. Durant ma deuxième année de bachelier, j’ai proposé un premier projet de jeu dont l’expérience était exposée à un public. Celui-ci m’a donné le déclic de réaliser des jeux durant mon cursus au sein de l’école artistique. J’ai constaté que le public était plus intéressé par ce jeu qu’il pouvait toucher et jouer que par son coté graphique et sa communication visuelle. La manière dont je veux séduire le visiteur est l’utilisation du jeu par son toucher et son interactivité. J’en ai conclu que la solution à la séduction et le moyen de communication le plus efficace avec le public est le jeu « interactif ».

Premièrement, ces trois jeux reprennent les règles du football, du basket et de la boxe, tout en les croisant avec les codes des échecs. J’ai choisi ces trois disciplines pour leur aspect populaire et je les ai associé au sport intellectuel. Ce choix a été pris pour que cela aide au niveau de la communication visuelle tout en visant un public large.
Je m’explique, chaque personne sera capable d’identifier chaque jeu à un sport et ainsi comprendre les règles plus facilement. Pour faciliter l’identification d’un jeu à un public, il faut à la fois lui donner des références qu’il connait et simplifier un maximum le jeu (comme un puzzle par exemple). La transformation de ces sports en jeux de sociétés intellectuels. La confection de trois jeux « sport intellectuel » permet ainsi de viser un public très large.

Mais dans la confection visuelle des jeux ainsi que le lieu d’exposition, ceux-ci attireront également un public amateur et professionnel d’art. En effet, les objets sont produits en matériaux nobles (chêne, hêtre, cuivre, laiton, …). Ces matériaux sont là pour sensibiliser le visiteur à un coté précieux où il peut s’y installer et un paradoxe se crée entre la préciosité de l’objet et l’appel du jeu, l’envie de toucher. Il était impératif pour moi de rendre ces objets précieux pour ajouter un doute dans la tête des spectateurs. Ils vont avoir envie de toucher parce que c’est un jeu (cela peut se comprendre grâce aux damiers, pions, sablier et livre de règles) mais à la fois, ils n’osent pas toucher parce c’est « beau » et « précieux ». Ces jeux sont adaptés à l’expérience de l’exposition puisque présentés sur un socle. Celui-ci est pourtant amovible et se transforme en table à jouer. La présentation de ces oeuvres se transforme en une expérience sociale. Le spectateur osera-t-il jouer?

Le socle dans un espace d’exposition constitue le lien entre l’objet exposé et le sol ainsi que la verticalité de l’objet permettant d’atteindre la hauteur espérée pour le spectateur. Il sert aussi bien sûr de support à l’objet et de sa mise en valeur. Le socle est aussi une manière d’unifier les différents objets de l’exposition par une même charte graphique et ainsi chaque objet s’insère dans un discours pour devenir une seule et même histoire. Mais, le socle n’a pas pour seule fonction la présentation, il doit aussi protéger l’objet et garder une distance entre l’objet et le visiteur. Tout objet exposé, entrant dans le contexte de l’art doit impérativement être protégé d’une certaine manière. Et chaque visiteur ayant été habitué à ce système de préciosité de l’objet exposé tient compte des règles acquis dans le passé, peu importe l’exposition proposée. C’est pour cela que certaine personne n’ose pas toucher les jeux présents sur mes socles. Mais bien sûr, c’est dans la conceptualisation de l’expérience.
Comme je l’ai signalé plus tôt dans le texte, les socles réalisés pour ce projet sont transformables et deviennent des tables à jouer.

Après avoir vu la réaction relationnelle entre le socle et le visiteur, quelle relation entraine le visiteur face à une table à jouer avec un jeu posé sur cette table? Cette table à jouer se présente comme une table au milieu de deux chaises. Ces chaises inscrites de part et d’autre de la table représentent déjà une dualité entre les futurs joueurs. Lorsque qu’un visiteur remarque une table supportant un jeu entre deux chaises, il comprend instantanément qu’il s’agit d’un jeu se jouant à deux. Il serait tenté de s’assoir, de toucher, de jouer mais la préciosité des objets se trouvant sur la table l’en empêche. Un paradoxe s’installe avec cette question de « puis-je jouer ? ».

Le spectateur peut comprendre le jeu comme objet d’exposition si celui-ci se trouve dans un espace scénographié. En effet, si nous nous trouvons dans une exposition et que nous nous trouvons nez à nez avec un jeu comme par exemple un ballon de basket sur un socle, celui-ci représentera pour nous une sculpture car nous associons facilement diverses objets quelconques présents dans un espace d’exposition à une discipline artistique. Le socle devient alors un outil de sacralisation de l’objet.
L’espace scénographié est un espace qui permet de mettre en valeur divers objets s’inscrivant dans un discours de présentation et de hiérarchisation pour faire comprendre au visiteur la valeur, l’esthétique, l’ordre. Enfin, l’espace scénographié entre dans un discours d’une médiation spéciale et permet de focaliser le visiteur sur deux points. Premièrement, que l’aménagement de l’espace présenté n’est pas neutre et a été réfléchi pour donner un impact visuel et émotionnel sur le public. Deuxièmement, qu’il entre dans un système de plein et de délié permettant d’offrir au spectateur la déambulation entre chaque objet d’exposition. Il existe trois types de scénographies d’exposition. Premièrement, les scénographies thématiques qui met en immersion les oeuvres et les visiteurs et les absorbent dans un même contexte: c’est à dire que l’espace d’exposition prend la forme de l’exposition. Deuxièmement, les scénographies dites « puristes »: ici nous parlons de « white cube ». En effet, ce système d’exposition ne reprend rien en ce qui concerne le thème de l’exposition, il ne fait qu’exposer les divers objets présentés. Il sert de socle blanc mettant en valeur l’oeuvre. Enfin troisièmement les scénographies participative. C’est effectivement cette scénographie qui va nous intéresser, puisque les « Sport-Chess » se placent dans cette définition. Elles construisent un espace ouvert et rentrent dans une fonction sociologique et psychologique pour le visiteur qui lui même se construit au fur et à mesure du scénario. Ce type de scénographie permet aussi d’avoir une diversification sur la finalité du scénario, de divers points de vue, comme le hasard, le caché, la curiosité, l’attention, des rapports directs avec le visiteur ainsi que l’invitation à la construction de l’éthique d’une oeuvre.

Pour « Sport-Chess » lorsque la table socle est ouverte et forme ainsi une table, l’objet « jeu » se transforme en jeu. Alors que quand la table socle est fermée et que celle-ci forme un socle, l’objet présent dessus est considéré comme un objet où seule l’esthétique est observable. En conclusion, peu importe le jeu présent sur « une table socle » l’oeuvre et l’idée de perturber le visiteur fonctionnera toujours. Le jeu « interactif » ne doit pas seulement entrer en contact avec le spectateur ou interagir face à sa présence. Il doit lui transmettre une forme motrice qui le poussera à transformer, à générer, à toucher, à exploiter, à expérimenter l’objet de jeu qui lui est présenté.


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Soccer-Chess / Jeu, sport intellectuel - hêtre - sapin - chêne - cuivre - aimant - 31 x 31 x 9 cm - Photo : Louise Dekeuleneer
Soccer-Chess / Jeu, sport intellectuel - hêtre - sapin - chêne - cuivre - aimant - 31 x 31 x 9 cm - Photo : Louise Dekeuleneer
Soccer-Chess / Jeu, sport intellectuel - hêtre - sapin - chêne - cuivre - aimant - 31 x 31 x 9 cm - Photo : Louise Dekeuleneer
Soccer-Chess / Jeu, sport intellectuel - hêtre - sapin - chêne - cuivre - aimant - MDF - peinture blanche - 29 x 29 x 17 cm

Socle fermé - 60 x 60 x 70 cm
Socle ouvert - 180 x 60 x 70 cm
Soccer-Chess / Jeu, sport intellectuel - hêtre - sapin - chêne - cuivre - aimant - MDF - peinture blanche - 29 x 29 x 17 cm - Photo : Florence Reversé

Socle fermé = 60 x 60 x 70 cm
Socle ouvert = 180 x 60 x 70 cm
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